|
Au sujet de la Société géographique royale du Canada
En prise sur son époque
De ses débuts modestes, Canadian Geographic a su évoluer avec
le pays et avec le monde
Par Monique Roy-Sole, recherches de Wendy Simpson-Lewis
« Ce pays devient rapidement un des plus remarquables de la planète,
et il importe que sa population se familiarise non seulement avec son propre territoire mais
avec les caractéristiques géographiques et autres des différentes parties
de l’Empire et des pays avec lesquels il peut entretenir des relations politiques ou
commerciales. Cela l’aidera à assumer la place qui lui revient, c’est-à-dire
une place de plus en plus importante, dans les affaires de l’Empire et du monde. »
En prononçant ces paroles à la réunion inaugurale de la Canadian Geographical
Society, le 17 janvier 1930, le vicomte Freeman Willingdon, gouverneur général
du Canada, percevait la nécessité de cette nouvelle organisation dans un pays
défini par son immense géographie, majoritairement encore inconnue. Mais le
président honoraire de l’entité naissante souhaitait également
souligner que celle-ci pouvait contribuer à informer les Canadiens sur le rôle émergent
de leur pays comme citoyen du monde.
Après 75 ans, dans une conjoncture de mondialisation qui chaque jour abat de
nouvelles frontières, Canadian Geographic célèbre son anniversaire de
diamant en consacrant ce numéro à nos relations internationales. Considérant
que le magazine s’est presque exclusivement consacré à des thèmes
canadiens depuis deux décennies, cela peut être perçu comme une réorientation,
mais sous de nombreux aspects il s’agit d’un retour à nos racines.
C’était la présence d’un globe sur la couverture des premiers
numéros du Canadian Geographical Journal, comme il s’appelait alors, qui marquait
la portée internationale du magazine. Au cours des premières années,
près de la moitié des articles présentaient un contenu étranger,
qui ne se hissait cependant pas à la hauteur de la couverture éclairée
et critique sur laquelle notre lectorat moderne compte maintenant. L’article introductif
du premier numéro consistait en un récit des vacances de Noël passées
par le vicomte et Lady Willingdon dans les Antilles.
Les récits de voyage étaient courants, et les destinations habituellement
exotiques. Le ton était principalement descriptif; quant aux observations, elles concordaient
avec les attitudes générales qui prévalaient à l’époque.
Ainsi, dans Zanzibar and Zanzibarbarians, publié en août 1934,
J. Langley Levy décrivait ainsi la population de cette île africaine : « Les
Arabes de l’île de Zanzibar semblent directement sortir des pages des Mille et
une nuits; ils auraient pu être les contemporains d’Omar Khayyám. Ils
portent le turban ou le fez, et affichent d’ impressionnantes et magnifiques barbes. »
 |
Pendant que le Canada connaissait les affres de la Dépression et que le magazine
luttait pour sa survie, cette grande crise économique et sociale était étonnamment
passée sous silence. Les lecteurs avaient plutôt droit à la description
d’endroits comme Canberra, surnommée l’« Ottawa d’Australie »,
Java, Formose, Bali et Siam. Les critiques de livres visaient principalement des ouvrages
sur les voyages internationaux, et une chronique régulière intitulée Geography
of world events (Géographie des événements mondiaux) voyait le
jour en octobre 1935. Dans l’édition d’avril 1939, consacrée à l’agriculture,
on trouvait même une carte du monde en couleurs sur le thème The sun never
sets on Massey-Harris (Le soleil ne se couche jamais sur Massey-Harris), affichant,
avec pièces de monnaie et drapeaux correspondants, les 52 pays où ce fabricant
de matériel aratoire était présent.
 |
Après la déclaration de guerre à l’Allemagne en 1939, le Journal a
délaissé les voyages et l’exploration pour s’intéresser
aux activités outre-mer de l’armée canadienne. Certains articles privilégiaient
un angle plus didactique, comme Poland’s fight for freedom (La lutte pour
la liberté de la Pologne), rédigé en 1939 par Lawrence J. Burpee,
le rédacteur en chef fondateur du magazine, qui mettait dans un contexte historique
et géographique la situation désespérée où se trouvait
la Pologne en guerre, sans occulter ses sentiments sur le traitement de ce pays par l’Allemagne
et la Russie. « On m’a demandé, ‘Pourquoi devrions-nous combattre
pour la Pologne?’. Bien, il y a plusieurs raisons, notamment la nécessité,
pas aussi éloignée qu’on pourrait le croire, de s’auto-préserver
dans un monde devenu fou. Après tout, ne pourrait-on pas concrètement illustrer
ainsi la situation actuelle : En faisant une promenade, vous tombez sur un petit garçon
qui est littéralement en train de se faire étouffer par un matamore. Allez-vous
intervenir, ou bien traverser la rue en détournant la tête? N’oubliez
pas, vous pouvez encore aider le jeune garçon. Il n’est pas mort, seulement
désespérément blessé. »
La prospérité d’après-guerre a orienté la couverture internationale
vers les relations commerciales du Canada avec d’autres pays. En 1945, le Journal publiait
quatre grands articles sur nos partenaires commerciaux dans le monde. Tout au long des années 1950,
il a continué à publier des articles sur les voyages internationaux, mais leur
teneur reflétait de plus en plus la culture, l’économie et la géographie
des terres lointaines, partiellement grâce aux fréquentes contributions de l’anthropologue
Diamond Jenness et de l’équipe de photographie et de rédaction formée
par Richard et Lyn Harrington, qui faisaient parvenir leurs reportages de lieux aussi éloignés
que le Libéria et le Swaziland.
 |
Dans les années 1950, le couronnement d’Elisabeth II comme reine
du Royaume-Uni semait une fièvre royale dans le pays. Cette allégresse trouvait écho
dans la couverture des festivités par le Canadian Geographical Journal, qui
a même consacré des numéros complets au couronnement de la Reine (août 1953)
et à la visite royale marquant l’inauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent
(septembre 1959).
Les années 1960 et 1970 ont marqué un déclin dans les reportages
internationaux, mais les articles qui ont trouvé place dans le Journal s’intéressaient
davantage au rôle du Canada en matière de développement international.
Avec l’arrivée en 1973 de David Maclellan, un nationaliste passionné qui
a été le premier journaliste professionnel à occuper le poste de rédacteur
en chef, le magazine a commencé à mettre en vedette davantage de sujets de
priorité et d’intérêt nationaux. Les reportages ayant un angle
mondial étaient plutôt rares, généralement sérieux et visaient à susciter
la réflexion, comme la série de cinq articles concernant la propriété américaine
de nos ressources et de nos terres. Au fil des années 1980 et 1990, seul un article
occasionnel soulignait explicitement notre rôle à l’étranger, comme
le reportage de 1992 sur les forces canadiennes de maintien de la paix.
Avec ce numéro anniversaire, Canadian
Geographic redonne place à la couverture internationale, mais sans renoncer à sa
mission première : faire état, sur le mode écrit, photographique
et cartographique, de la façon dont nous habitons ce pays. Une fois de plus, le
magazine évolue en fonction de son époque — sans perdre de vue ses
humbles origines.
Pour en savoir davantage sur l’historique de la Société géographique
royale du Canada et de Canadian Geographic, voir l’article spécial de Canadian
Geographic : History
of a Society (en anglais seulement).
— Monique Roy-Sole
Années jalons
1929 Charles Camsell et 27 autres personnes forment la Canadian
Geographical Society en février
1930 Parution en mai du premier numéro du Canadian Geographical Journal, comprenant
un article sur le périple tibétain
de Sir Francis Younghusband
1959 Inauguration de la Médaille Massey,
qui souligne les réalisations personnelles exceptionnelles dans l’exploration
et la description de la géographie du Canada
1972 Établissement de la Médaille
d’Or, reconnaissant les réalisations exceptionnelles dans le domaine de la
géographie
1973 Début du programme de subventions à la
recherche, pour stimuler l’intérêt des étudiants pour la géographie
1985 Lancement du premier concours
annuel de photographie, qui a reçu 3 000 entrées dès sa
première édition
1992 Pour célébrer le 125 e anniversaire du Canada, la SGRC parraine une expédition visant à mesurer
le mont Logan, plus haut sommet canadien (5 959 m)
1993 Fondation du Conseil canadien de l’enseignement de
la géographie, devant servir de ressource aux professeurs de géographie de
l’ensemble du pays
1994 Lancement du Grand défi canadien en géographie,
une compétition nationale d’étudiants
1995 Publication de la première carte-affiche, Le Canada – Pays sans limites;
lancement du site Web de Canadian Geographic
1996 Formation du Comité des expéditions;
publication en mai-juin du premier numéro annuel sur l’environnement
1997 Lancement de géographica, le magazine de langue française de la Société
1998 La série de documentaires Canadian
Geographic Presents fait ses débuts sur le Discovery Channel.
2001 Le Canadian Geographic est nommé Magazine de l’année par la Fondation
nationale des prix du magazine canadien; lancement de la série
télévisée hebdomadaire et du site
Web de CG Kids.
2004 CG publie The Canadian Atlas: Our Nation, Environment and People, dans le cadre de la
célébration de son 75e anniversaire.
|
haut de la page
|

Les sommets du Canada – une expédition visant à gravir les plus hauts sommets
de chaque province et territoire.
« Bienvenue à une expédition historique, qui a pour but de faire
connaître le Canada aux Canadiens et au reste du monde. L’héritage de cette
quête réside non pas dans les empreintes que nous laisserons sur les montagnes,
mais dans l’impact qu’elle aura sur la vie des gens. Ensemble, nous pouvons changer
les choses, un pas à la fois. »
— James Coleridge, chef d’expédition,
Sommets du Canada
|